1814. L'hôpital sacrifié ?
Si, malgré toutes ces précautions, l'ennemi parvenait à s'approcher, si nos soldats devaient être forcés au repli, il fallait alors l'empêcher de prendre l'hôpital. Dans ce cas, et seulement dans ce cas, tous les feux des remparts ainsi que les pièces de campagne disposées autour, devaient être dirigés sur lui pour le pulvériser. Chaque jour, le conseil de défense s'assemblait sous l'autorité de Boissy d'Anglas. " Ce qu'il a arrêté me paraît à peu près insignifiant, car il n'a pas de troupes pour mettre à exécution les mesures qui pourraient conserver Rochefort en cas d'attaque ", se désolait Bonnefoux. Lui-même, sur ordre de Decrès, avait commencé à faire rentrer au port les vaisseaux encore en rade, n'y laissant que la frégate La Saale et la corvette La Bayadère.
Les équipages de ces vaisseaux devaient être affectés aux travaux de défense. Le 18 mars, Boissy d'Anglas, par un arrêt, mettait Rochefort en état de siège, tandis que le dernier espoir de paix s'envolait à Châtillon, après la rupture des négociations. Toutes les troupes furent maintenues sur le pied de guerre : " Le préfet maritime vient de pas-ser la revue de 7 compagnies de 100 hommes chacune. (…) Elles sont organisées pour la défense du port. Elles commenceront à s'exercer demain à 5 heures et jusqu'à 7 heures du matin ", relatait Quérangal qui secondait Bonnefoux trop occupé sur tous les fronts pour tenir son secrétariat. Le 24, le mauvais temps ralentit toutes les opérations : les manœuvres et les travaux empêchant, en outre, d'apercevoir les signaux de la côte et de connaître le nombre et la position des croiseurs ennemis. A Bordeaux, des hommes fidèles à l'Empereur, avaient réussi à soustraire plus de 22 500 fusils et à les cacher dans la citadelle de Blaye. En l'apprenant, Boissy d'Anglas fit partir un administrateur pour aller les chercher. Le 24 mars, 35 des 427 caisses de fusils arrivèrent par le canal de la Seudre. Pour se soustraire aux troupes ennemies, on avait utilisé toutes les ruses en les faisant remonter la Gironde jusqu'à Royan. Puis elles furent " transportées par terre à Mornac, chargées là sur des barques qui les ont versées ici. Les autres (...) arriveront successivement de cette manière ". La France, partagée en deux camps, oscillait. D'un côté les partisans des Bourbons aspiraient à la chute de l'Empire, de l'autre certains espéraient encore, sans trop y croire, un retournement de situation. Le 31 janvier précédent, à Paris, L'Oriflamme, un opéra de circonstance avait été créé, pour ne pas dire improvisé à l'approche des armées alliées. Il symbolisait parfaitement cette expectative dans laquelle se trouvait plongé le pays. La pièce était à double sens, selon que l'on veuille y voir l'oriflamme tricolore ou celui des Lys. Ce même drame fut donné au théâtre de Rochefort les 25 et 27 mars : " Le préfet maritime crut devoir assister, vendredi 25 du courant à la première, écrivait Quérangal. Il fut accompagné par les principales autorités militaires et civiles après un dîner auxquels il les avait invitées. Le poème fut entendu avec le plus vif intérêt & l'on en faisait des allusions avec enthousiasme. C'est à la demande du préfet maritime à cause des circonstances et de la réunion des Gardes nationales à Rochefort que le préfet du département ordonna de jouer d'abord cette pièce qui ne devait être mise en scène qu'à La Rochelle ". Il n'y avait aucun risque à assister à cette représentation et même à y manifester son enthousiasme, puisque, quelle que soit l'issue des opérations, on pourrait toujours colorier cette oriflamme en vertu du camp triomphant. En cette fin mars, il penchait du côté de la restauration des Bourbons. Les alliés volaient de victoires en victoires.

 

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